lundi 24 janvier 2011

Médiation évaluative : Que vaut l’opinion des médiateurs?

Un des mythes importants de la médiation évaluative est que le médiateur aiderait les parties récalcitrantes à faire des compromis en se prononçant sur l’issue probable du conflit. Informé du « risque de perdre », les parties démontreraient alors une « ouverture » aux solutions proposées. Or, une étude de Levin (2001) démontre avec éloquence que les pronostics des médiateurs sont peu fiables. Ainsi, l’opinion des médiateurs, quant aux chances de gagner, est généralement une prévision peu fiable de l’issue d’une audience. Dans cette perspective, quelle est la vraie valeur d’un modèle de médiation évaluatif?

En fait, l’erreur de plusieurs médiateurs est de baser leur intervention sur l’évaluation du risque. Par exemple, un médiateur peut informer, selon son expérience, une partie qu’elle a peu de chance d’obtenir gain de cause en audience et qu’elle devrait par conséquent accepter le compromis qui lui est proposé. Si cette évaluation peut faire fléchir une partie, il n’en demeure pas moins problématique car le médiateur peut sembler exercer des pressions indues. Est-ce à dire que la médiation évaluative n’a pas sa place?

Contrairement aux détracteurs de l’approche évaluative, je crois que le médiateur doit parfois aider les parties à mieux évaluer leurs options. Cependant, celui-ci doit se concentrer sur la confrontation des biais des parties et non sur l’évaluation des chances de gagner. Pour se faire, adopter une attitude d’avocat du diable est une excellente approche. Par exemple, le médiateur peut réduire la tendance des parties à surestimer leurs chances de gagner en soulignant les points forts de l’autre partie. Il peut aussi souligner les points faibles des arguments de la partie. Sans se prononcer sur l’issue du conflit, il aide néanmoins les parties à mieux évaluer la situation.

Conséquemment, l’objectif d’une intervention évaluative doit donc respecter quelques principes (Della Noce, 2009). Premièrement, le médiateur ne doit pas effrayer les parties, mais plutôt les aider à faire une appréciation objective de la cause. Deuxièmement, pour maintenir une équité, le médiateur se doit de faire cet exercice avec toutes les parties, même s’il a l’impression qu’une seule partie fait une évaluation faussée de la situation. En respectant ces deux principes, la médiation évaluative se fait dans les règles de l’art.

Sources:
Della Noce, D.J. 2009. « Evaluative Mediation : In Search of Practice Competencies », Conflict Resolution Quarterly, 27 (2), pp. 193-214.
Levin, M.S. 2001. « The Property of Evaluative Mediation: Concerns about the Nature and Quality of an Evaluative Opinion », Ohio State Journal on Dispute Resolution, 16, pp. 267-296.

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