lundi 3 octobre 2011

Le Médiateur doit-il encourager la reconnaissance des parts de responsabilité

L’acceptation par les parties de leur part respective de responsabilité dans leur conflit est un sujet qui est généralement évité en médiation. Pourtant, les résultats d’une recherche démontrent l’importance de ce facteur dans le processus de médiation, notamment en ce qui concerne la coopération entre les parties. En effet, les parties on 25 fois plus de chance de collaborer si elles admettent leur part de responsabilité. Pour favoriser la reconnaissance par les parties de leurs parts de responsabilité, une stratégie d’intervention en deux étapes est proposée.

La première étape consiste à explorer en caucus avec les parties leur part de responsabilité dans le conflit. Ici le médiateur ne vise pas à culpabiliser les parties en leur tenant un procès d’intention. Il explore plutôt avec celles-ci les erreurs qu’elles ont commises dans la gestion du conflit. Celles-ci peuvent avoir été commises par inadvertance. Voici une question utile à poser aux parties à ce stade-ci : « Si c’était à refaire, sachant comment le conflit s’est envenimé, procéderiez-vous différemment pour résoudre le différend? » Le fait de reconnaître qu’on aurait pu agir autrement pour éviter l’escalade du conflit est une forme d’acceptation minimale de sa part de responsabilité. Évidemment, dans certains cas, les parties ont joué un rôle plus important dans le conflit et il peut s’avérer important qu’elles le reconnaissent et l’acceptent. Néanmoins, l’objectif ici pour le médiateur est de s’assurer que les deux parties reconnaissent au moins une minime part de responsabilité dans l’escalade du conflit.

La deuxième étape consiste pour le médiateur à résumer en séance conjointe, moyennant le consentement des parties, la reconnaissance de leur part de responsabilité conformément aux conclusions formulées en caucus. Le médiateur demande alors aux parties de confirmer s’il a bien résumé la situation. C’est l’occasion pour les parties d’ajouter certains éléments si elles le désirent. Le fait que ce soit le médiateur qui annonce ces éléments lui permet de s’assurer que la reconnaissance se fait conjointement.

Notre expérience clinique nous démontre que cette méthode en deux étapes n’est pas infaillible, mais elle produit néanmoins des résultats intéressants. La méthode permet entre autre de résoudre certains dilemmes des parties. Qui commence? Est-ce que l’autre reconnaîtra aussi sa part de responsabilité? Ainsi, le médiateur peut jouer efficacement un rôle de pont entre les parties pour favoriser une reconnaissance mutuelle des erreurs de chacune.

Source: Poitras, J. 2007. “The paradox of accepting one’s share of responsibility in mediation” Negotiation Journal 23 (3), pp. 267–282.

Aucun commentaire: